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Il y a 70 ans : la Résistance à Praz-sur-Arly (23-08-2014)

Le corps franc Megève-Praz a participé activement à la libération de la Haute-Savoie en 1944. En cette date anniversaire, nous lui rendons hommage en publiant un document qui relate de manière très complète l’histoire de la Résistance locale durant l’ensemble de la guerre.

Grâce à de nombreuses recherches, Sylvie Durr-Barroud a retracé les faits marquants de la Résistance à travers le corps franc Megève-Praz. Nous la remercions beaucoup pour ce travail extraordinaire qu’elle a réalisé pour la commune et qui permet aujourd’hui au public de mieux connaître cette période sombre.


Photo prise le 25 août 1944 à Praz, au retour des combats des Chappieux (cliquez ici pour lire le témoignage de Robert Muffat-Joly dans notre article dédié).


Le 3 septembre 1939, le tocsin sonne, la radio de midi annonce la mobilisation générale.

Le 18 juin 1940 depuis Londres, à la BBC (British Broadcasting Corporation) le Général De Gaulle lance un appel à la Résistance de tous les Français, civils et militaires. Les Français ne sont que trois pour cent à être favorables à De Gaulle, les autres croient en Pétain.

En octobre 1941, Alphonse Dubois, Pierre Prunier et Paul Barroud constituent le premier noyau de la Résistance pour Megève-Praz, dans la plus grande discrétion.

En octobre1942, en adhérant au mouvement « combat », la Résistance AS de Megève est officiellement constituée, sous la direction de Dominique Cancillieri, responsable des Eaux et forêts à Sallanches. Les tâches sont ainsi réparties :
- Alphonse Dubois, le premier à prendre contact avec l’AS, organise le commandement. Il est le plus âgé, retraité de la marine, quartier maître, sans être dans la flotte mais dans les ports.
- Paul Barroud, en tant que sous officier de l’armée de réserve, s’occupe de tout ce qui est militaire, formation et instruction des hommes en vue de refouler l’ennemi,
- Pierre Prunier, garde forestier, s’occupe des affaires civiles. Il dirige tout ce qui est matériel, ravitaillement.
Pour Megève, Demi Quartier et Praz sur Arly, les gendarmes, commandés par le Maréchal des Logis chef Marcel Hulot, font cause commune avec ce trio.

En novembre 1942, la zone libre, en particulier la Haute Savoie, est occupée par les troupes italiennes avec un détachement à Megève.
Les paysans sont réquisitionnés. Chacun d’eux doit amener une bête à l’abattoir de Megève et apporter des patates et des produits de la ferme.
Prunier nomme Hilaire Socquet-Clerc responsable de la Résistance AS à Praz et lui demande de former une sizaine.

Le 16 février 1943, Pierre Laval instaure le Service du Travail Obligatoire.

En mars 1943, sous l’impulsion de Dubois à Megève, un maquis se forme afin de protéger les jeunes désignés de la région et éviter leur départ obligatoire en Allemagne. Après plusieurs changements de montagnes, fin mai, Louis Socquet Clerc, menuisier, signale à Dubois son chalet d'alpage, les Snéotes sur la commune de Praz sur Arly. Dubois et Prunier approvisionnent le maquis en nourriture montée jusqu’au Nant Valais, chez Conseil par Lucien, François Grosset et Pierre Picard, où les maquisards la récupèrent.
Pour être dispensés de partir en Allemagne, d’autres jeunes travaillent à l’usine d’Ugine, ou chez Viard, fournisseur de bois pour les Allemands, ou sur des coupes de bois.
Armand Arvin Bérod, sergent au 93ème BCA en 1940 est nommé responsable militaire du corps franc, pour Praz. Il enseigne le maniement de la mitraillette aux jeunes Résistants qui s’entraînent dans la cave voûtée de la ferme des Varins. Rien ne s’entend de nulle part. Elle a des trous en pagaille à la fin de la guerre !
Le commandant AS, Jacques Berr, prend le commandement du secteur de la Vallée de l’Arve sous le nom de Fontvieille et plus tard Olivier. Le responsable de la brigade anti-gestapo est Jean Pasquier, alias Jeanjean.
Un Juif réfugié à Praz se faisant appeler « le docteur d’Alsace » puisqu’il est Alsacien, devient l’homme chez qui vont les Pralins pour les petits bobos. Il habite aux Fleurettes, devenu le Ramoneur.

Le 2 avril 1943, Megève est occupé par les troupes italiennes. En même temps arrivent  un millier de Juifs venant du midi, grâce au comité Dubouchage, sous la protection plutôt que la surveillance des Italiens. Ils s’installent dans les hôtels, maisons et appartements de Megève et des communes voisines. Rosenberg et Wallache arrivent à Praz par leurs propres moyens.
Comme avant la guerre, les Juifs et les étrangers, qui maintenant se cachent, achètent de la nourriture dans les fermes. Tous les achats s’effectuent évidemment « sous le manteau » : c’est le « marché noir ».
La Résistance de Praz et Megève cache le responsable des liaisons radio de Cantinier, principalement chez Arvin Bérod aux Varins. Deux gars se succèdent, ils changent souvent de planque.
Souvent le dimanche, Hilaire Socquet et Blanc, un  recruteur de l’AS, invitent les jeunes à boire un coup et leur proposent de les engager dans l’AS.
Certains jeunes astiquent leurs armes dans la cave chez Hilaire.

Le 13 juin 1943, lundi de Pentecôte
Les Italiens attaquent les Snéotes, tenus par Édouard Blanchet. Ils mettent le feu et emmènent une dizaine de prisonniers qu’ils font descendre, avec des poids sur le dos, jusqu’à la pâte d’oie du Moulin Neuf où les camions italiens les attendent. Les Pioustres les remettent aux Boches et sont envoyés directement en Allemagne.
Le fils d’un « Macaroni », resté quelques mois à Megève, dénonce les jeunes qui ne sont pas partis au STO : il rode souvent sur les sentiers, dans les bois.
Au Plan de l’Aar, une colonne de militaires italiens, les uns derrière les autres, certains avec la plume au chapeau, demandent la route pour passer au Col du Bonhomme. Ils viennent de Sallanches, en passant par le Jaillet.
Parfois la nuit, les chiens aboient en entendant de petits groupes de déserteurs italiens fuyant par les Evettes, pour regagner l’Italie à pied après avoir parfois demandé leur chemin et un casse-croûte à des locaux compatissants.

Dès que les Italiens partent, le 8 septembre 1943, immédiatement remplacés par les Allemands, la majorité des Juifs quittent la région, la plupart sont emmenés en cars et camions à Saint Martin de Vésubie.
Une patrouille de deux Allemands avec un chien se relayent : ils sont souvent assis sur le banc devant la ferme d’Alfred Mabboux.  Quand ils descendent de Megève par la route, le bruit des bottes fait peur aux riverains qui éteignent les lumières.
Les Allemands passent dans certaines fermes pour chercher à manger.

Le 9 juin 1944, sur ordre de Vichy, les gendarmeries du secteur sont sommées de se regrouper à Bonneville. Les gendarmes de Sallanches, Saint Gervais, Chedde, Flumet et Megève refusent et décident de prendre le maquis. Ils se retrouvent tous au Plan de l’Aar, au Sciozier puis changeront souvent de refuge entre Praz et le Jaillet. Ça demande une organisation pour les nourrir. A un moment, ils sont trente huit ! C’est Prunier qui gère l’intendance, aidé par de jeunes volontaires. Les familles sont séparées et trouvent refuge chez des Mégevans et à Praz, chez Madame Lapierre, entre autres.

Le 16 juin 1944, le corps franc de Megève attaque la garnison allemande et fait deux prisonniers, emmenés chez Théodore Périnet pour les cacher en attendant que ça se calme. Il les fait monter à Sallonges chez Feige « Hilaire à la Martine » pour les enfermer. Barroud les libérera un mois plus tard.
Prunier, grâce à son métier de garde forestier, connaît les paysans de Praz. Il demande à Théodore Périnet d’héberger les gendarmes qui déménageront au Sciozier pour être remplacés par les Résistants Paul Barroud, Charles Benna, René Booz, Eugène Magnin, Albert Sulpice. Ils restent le plus souvent au Plan et ne descendent que pour aller faire des actions, sans rien dire. Ils ont un petit poste qui prend les messages, ce qui permet aux gendarmes du Sciozier de venir chercher les informations.

Pendant toute la guerre, un peu partout dans les hameaux : à Bellevarde, aux Grabilles, aux Mans, au Plan de l’Aar, à Réon, aux Rephys, au Sciozier, à la Tonnaz, aux Varins, à Bonjournal, la discrétion absolue est vitale. Deux précautions élémentaires doivent absolument être observées : les réfugiés ne doivent pas faire de feu pendant la journée ni circuler sur les chemins.
Les connaissances des uns et des autres amènent :
- des réfractaires au STO de la classe 42 ou 43,
- des Juifs,
- des gens recherchés par les Allemands,
- des Résistants,
- des gendarmes du secteur qui ont pris le maquis pour fuir les ordres de Vichy.
Tout le monde sait mais personne ne dit rien, tout le monde est accueilli, protégé.
Ils sont cachés dans presque toutes les fermes, souvent sans compensation, parfois en aidant au travail de la ferme.

Robert Jaccaz, né le 18 octobre 1916 à Praz sur Arly, sergent pilote d’aviation de réserve, membre du 5ème bureau, est arrêté par la gestapo, lors d’une rafle à l’Auberge du Lyonnais à Annecy le 23 décembre 1943. Il est fusillé à Azieu, inhumé à Genas dans l’Isère le 12 juillet 1944.

1er Août 1944 l’AS reçoit l’ordre de se rendre au Plateau des Glières pour récupérer un parachutage destiné à armer la Résistance haut savoyarde.
Mais ceux de Megève-Praz repartent avec « des clarinettes » parce que tout est distribué sur Bonneville qui doit répartir sur la région. Megève-Praz ne verra rien arriver. De plus, c’est la bagarre avec les FTP (Francs Tireurs et Partisans) qui veulent récupérer le peu que Mégevans et Pralins ont sur le dos ! Barroud se fâche et menace les chefs FTP. La bagarre est toujours latente entre les deux formations.
Le même jour, 78 bombardiers alliés parachutent au Col des Saisies les armes pour la Résistance du Beaufortin, sous les ordres du capitaine Bulle.

Le 6 Août 1944, le parachutage attendu par l’AS de Megève-Praz a lieu au Col du Jaillet. Les Résistants sont prévenus par les « messages personnels » diffusés par Radio Londres tous les jours, dans l’émission : « Ici Londres ! Les Français parlent aux Français ! »
Entre le premier et le deuxième message, un petit groupe monte de Megève à trois reprises préparer l’endroit afin de pouvoir allumer les feux grâce auxquels les avions pourront repérer le terrain.
En entendant le troisième message, une douzaine d’hommes monte de Megève et quatre partent de Praz. Autour de minuit, sous un magnifique clair de lune, au premier bruit de moteur, ils allument les feux pour deux avions qui larguent leur chargement, juste avant le col du Jaillet. Les parachutes  sont de couleur kaki, blanche, et un rouge, qui se pose de l’autre côté du versant.
En montant, les Pralins voient tomber les parachutes de l’un des avions et redescendent, en suivant le deuxième largage vers le Plan de la Giettaz pour les récupérer. Ils planquent les containers les plus éloignés, pour revenir les chercher le lendemain et chargent les armes de ceux qui sont accessibles sur des camions.
Les paysans de Megève, La Giettaz et Praz présents dans ce secteur sont réquisitionnés pour emmener les armes dans les tombereaux jusqu’au Plan de la Giettaz ou à la Grange au Soleil. Certains containers, vides, serviront de bassins dans les fermes.
Pour réceptionner et vérifier la vingtaine de containers, Cantinier, Ginette et Niveau sont présents avec les membres du corps franc de Megève-Praz. Ils attendent une importante somme d’argent, mais ce soir là, le parachute  concerné reste introuvable.
Ceux qui le peuvent récupèrent la toile des parachutes et les ficelles de bonne qualité.

Le 9 Août 1944, l’AS civile fait une “descente” chez des partisans FTP,  aux Balances à Flumet, pour ramener de la nourriture issue du marché noir.

Entre le 1er et le 17 Août 1944, les Pralins assurent la surveillance au niveau de Flumet jusqu’à la reddition du Fayet. Ils dorment à Corbaret. Ils récupèrent des armes et des munitions du parachutage des Saisies et les entreposent dans les cabanes des Ponts et Chaussées, sur la droite de la route à la sortie de Flumet. Ils sont prêts à faire sauter un pont si les Allemands montent par les Gorges de l’Arly.

Le jeudi matin 17 août 1944 Amélie Grange, qui grâce à son métier de standardiste à la Poste renseigne l’AS sur les manœuvres des Boches, prévient Paul Barroud :
- deux cents SS (Schutzstaffel)  sont partis d’Annecy ce matin pour libérer la Haute Vallée de l’Arve, Chamonix, Le Fayet et Cluses.
Il n’a pas été prévenu par le PC, mais craignant que les Allemands ne viennent saccager les villages comme ils l’ont fait à Oradour deux mois avant, il mobilise tout de suite les gars de Megève par le « téléphone arabe », et appelle Hilaire Socquet pour qu’il rassemble les Pralins. Sans attendre les ordres, Barroud prévient Morel, son supérieur, qu’il se rend à Cluses avec la trentaine (terme militaire) de son corps franc. Ils partent dans deux camions conduits par André Bieler et Secondo Rossetti, avec les armes du parachutage du Jaillet : carabines, FM (fusil mitrailleur), les munitions, des grenades, et de la nourriture apportée par Prunier.
A Sallanches, Morel les arrête, les informe que la garnison du Fayet s’est rendue, en présence de Ball, Rosenthal et Hackett. Il demande de le faire prévenir s’ils arrivent à passer les barrages. A ce moment-là, il préviendra l’AS Cluses de leur présence. Ils arrivent sans encombre au rocher de Balme vers dix sept heures et y passent la nuit.

Le 18 août 1944, pour la Libération de Cluses, sont présents : les FTP de la région dont le groupe de Joseph Maniglier alias Jean Bouvier, dit Mani. Pour l’AS : Cluses avec Popielski, Sallanches avec Morel, Magland avec Delévaud, Megève-Praz avec Barroud et les anciens militaires du 27ème BCA avec Couttaz.
Vers cinq heures du matin, Barroud et son corps franc entrent dans Cluses par la cour à Carpano, en direction de l’église sous les tirs en rafale des Allemands qui ont installé des projecteurs pour surveiller la ville. Les hommes entrent dans une partie des bâtiments de l’école d’horlogerie et se font prendre pour cible par les FTP qui pensent que ce sont les Allemands. Les tirs cessent quand un drapeau français est hissé sur un des bâtiments par un Clusien. Popielski, chef AS de Cluses demande qu’un groupe occupe le vieux pont. Barroud désigne Armand Arvin-Bérod et son groupe de Praz.
Arrivés à vingt ou trente mètres du pont, en direction de Scionzier, un épais brouillard de cinq ou six mètres de hauteur sur l’Arve permet aux hommes de se rassembler un peu, sans se faire repérer par les Schleus, avec Bernasconi, Barroud, Thillier et ceux de Praz. Les tirs continuent, les Allemands se sont repliés ! C’est la bande à Mani qui allume les Allemands depuis le coteau, mais les Français sont au milieu !
A l’entrée de Scionzier, la majorité du corps franc se retrouve dans une ferme où le propriétaire leur paie le café et la gnole. Ils repartent rapidement sous les tirs pour traverser un champ de « patates » et des rames de haricots, les tirs coupent les rames au dessus de leurs têtes !
Armand Arvin Bérod est blessé au bras, il retourne à Cluses pour être soigné.
Quand les premiers de l’AS Megève-Praz, Sallanches, Magland arrivent à Marnaz, les derniers groupes d’Allemands ripostent, la grosse bagarre de la journée commence. Sur la route de Vougy, un groupe de Résistants bloque la route en faisant tomber des arbres. Quand les Allemands veulent déblayer, une autre équipe les attend en les mitraillant. Ils abandonnent les camions, ce qui permet aux otages, dont Jeanjean, de s’enfuir. Les Résistants vont jusqu’au bout d’un champ de maïs, il est presque midi. Les gars continuent à se battre en allant sur Bonneville.
Les Fritz essayent de fuir. Ils sont coincés de partout et finalement, se rendent.
Les combats de Scionzier et Marnaz se terminent vers quinze heures.
Pendant ce temps-là, les FTP font le défilé de la Libération à Cluses !
Les hommes de Barroud récupèrent leurs camions à Cluses avec trente prisonniers qu’ils font monter dedans, pour les protéger des gens qui font la fête et certains FTP qui veulent les lyncher. C’est Morel qui s’occupera d’eux à Sallanches.
Ils ne traînent pas pour rentrer après cette journée face à l’ennemi. Ils s’arrêtent au restaurant de la Demi-Lune, où Prunier organise un gros casse-croûte. Ils n’ont pas avalé grand-chose depuis leur départ. Ils rentrent dans Megève en défilant vers dix sept heures. Trois jeunes couturières leur offrent un bouquet de fleurs qu’ils déposent au monument aux morts.



Le corps franc Megeve-Praz à la libération de Cluses : dans le rang, au premier plan : Armand Arvin Bérod, Pierrot Gibellino, , René Muffat es Jacques. Au 2e plan, le premier homme à gauche de l'image est André Jaccaz (collection Sylvie Durr-Barroud).


Le 19 août 1944 Annecy
Dans la nuit Olivier réveille Barroud pour qu’il soit avec ses hommes à huit heures à Chavoire. Ils partent avec Bieler, récupèrent ceux de Praz, traversent Faverges complètement désert et au Bout du Lac, un capitaine leur ordonne de se rendre aux Marquisats, siège de la milice pour faire prisonniers les derniers occupants. A leur arrivée, les miliciens ont déjà déguerpi.
En arrivant aux Marquisats, Barroud demande dix volontaires et leur dit :
- nos ordres sont de partir demain, en surveillance au Col de la Seigne. Comme nous n’avons rien à bouffer, il faut se débrouiller seul.  Chargez tout ce que vous pouvez comme victuailles que les miliciens ont laissé dans la camionnette qui est là. Elle a dû être fauchée  par les miliciens ! Quand vous avez fini, vous nous attendez devant le restaurant « au bout du Lac ». Les jeunes chargent entre autres des petits tonnelets de pinard, des biscuits et un sac de lentilles. Voyant une « traction » Folliet dit :
- il y a une « traction » nous pourrions aussi l’emmener !
Tout d’un coup, ça tire dans tous les sens, cassant des verrières en haut du bâtiment. Inquiets, ils se mettent tous à plat ventre. C’est Lefort qui passe avec deux camions, qui ne sait rien de la situation actuelle et qui croit tirer contre les miliciens.
Avec le reste du corps franc, Barroud part à Annecy, il n’y a personne, pas un chat dans les rues, pas un Allemand.  Quand le camion arrive à la mairie d’Annecy à neuf heures vingt, ils se demandent ce qu’ils peuvent faire. Barroud fait mettre ses gars en rang et ils rentrent au pas cadencé dans Annecy par la rue Vaugelas et la rue Royale. La population sort à ce moment-là et pavoise avec les drapeaux français ! Les Annéciens les fêtent, les fenêtres s’ouvrent :
- ah les voilà, les voilà !
Ils ne savent même pas où ils vont ! Pour eux il n’y a rien d’autre à faire.  Ils récupèrent le reste de la troupe au Bout du Lac et rentrent à Praz.

A  la demande des partisans italiens, le corps franc Megève-Praz part en direction du col de la Seigne, le lundi 21 août 1944, avec une cinquantaine de bonshommes.
Deux camions les emmènent aux Contamines. Ils attendent tout l’après midi parce qu’ils doivent monter par le télé du chantier EDF, afin de gagner du temps. Le soir, il ne fonctionne toujours pas, Barroud s’énerve :
- allez, on monte à pied !
Dans la nuit, ils loupent le sentier qui monte au refuge de Tré la Tête. Ils se retrouvent au sommet des pylônes, en pleine nature, vers minuit :
- sacs à terre, dormons, demain au petit jour, nous repartirons.
A la pointe du jour, sur les conseils de Guy Dusonchet, guide de haute montagne, au lieu de redescendre, ils montent le rocher pour arriver au refuge de Tré la Tête !
Ce n’est pas facile, ça glisse, il faut s’entraider avec tout le matériel, armes, munitions et le ravitaillement. Aux environs de sept heures, ils arrivent au refuge. La gardienne a un message :
« J’ai été prévenue cette nuit, il faut arrêter votre progression vers Tré la Tête et rejoindre le Plan Jovet et Fenêtre six ».
Son fils les guide jusqu’en bas, sur le plateau de la Rollaz, gare intermédiaire pour charger les matériaux nécessaires aux travaux de captage de l’eau du glacier de Tré la tête qui alimente le Lac de la Girotte. Fenêtre six, c’est le baraquement des ouvriers.  Plusieurs équipes AS et FTP se succèdent dans le secteur.
A Fenêtre six, ils restent deux jours à attendre les ordres. Le deuxième soir, vers 22 h 30, le fils du receveur des postes de Megève, Fritzsinger leur apporte un message :
- vous devez rejoindre d’urgence Bonneval pour aller à Bourg Saint Maurice en passant par les Échines, quelqu’un vous attendra.
Aux environs de quatre heures, ils partent avec une demi-heure de retard sur l’horaire, ratent de nouveau le bon sentier, difficilement repérable de nuit et montent le col. Au sommet, ils se réconfortent avec un petit coup de gnôle.

En arrivant aux Chapieux, le 23 août 1944, ils voient les tombes des hommes qui ont été tués la veille. Arrivés aux Échines, le commandant Villaret leur reproche leur retard et veut qu’ils attaquent tout de suite. Barroud se rebiffe, lui fait remarquer qu’ils marchent depuis huit heures et qu’ils doivent s’arrêter un peu pour manger. Après, ils seront à sa disposition
Le commandant hésite et désigne leur groupe pour donner le signal de l’insurrection générale : au bruit des coups de feu tirés par le corps franc  Megève-Praz, les autres groupes doivent attaquer pour les soutenir.
Ils cassent la croûte, avec entre autres des boîtes de singe (boîte de conserve de viande salée de bœuf) qu’ils ont pris à la milice à Annecy. Ils laissent leurs sacs et partent avec armes et munitions.
Ils arrivent en vue de la ferme où sont cantonnés 80 Allemands, ils restent tout l’après-midi à tirer sur les camions que les Allemands ont envoyé en renfort. Pour se rapprocher,  Barroud  descend sans se faire repérer avec trente bonshommes. Soudain, devant eux, à moins de cent mètres de la tour de Bourg Saint Maurice, avec trois Allemands, torse nu au soleil, secouent leurs couvertures.
Les Allemands les mitraillent et allongent les tirs. Leurs balles et leurs mortiers tombent sur le village des Échines qui est incendié.
Suite à un désaccord avec De Coufflet, Barroud prend le commandement pour se replier parce que le bruit va alerter le fort du Truc et les Allemands qui sont à l’intérieur vont les coincer. Il ordonne : 
- allez, à intervalle régulier de vingt cinq ou trente mètres !
Il faut éviter l’obus, laisser retomber la saloperie avec les éclats de mortier, courir dix mètres et surveiller de nouveau le tir.
Barroud s’entend appeler par Raymond Jouclas, alias Ralph, de derrière un buisson, gravement blessé à une jambe. Il s’est fait un garrot, mais il faut s’en occuper. Il est 13h30.
Barroud appelle Armand Arvin Bérod pour qu’il prenne le commandement en direction du village des Échines.
Le groupe du blessé rejoint les gars qui sont déjà en place, puisque porter Ralph les ralentit. Socquet et l’infirmière chef qui les suit, Claude Niquet,  lui font le pansement vers 16 heures. Il fait une chaleur torride.
Après une nuit à la belle étoile, le corps franc Megève-Praz reçoit l’ordre d’attaquer les Allemands qui sont encore dans Bourg Saint Maurice. Là, les combats sont encore plus violents, ils ont peur, un des gars en fait dans son froc.
Une balle traverse le bras de Barroud, le 24 Août 1944. Wallache est blessé à la main. Les gars en ont assez, ils ne sont pas assez nombreux, le combat est inégal. Barroud prend la décision du repli. Dusonchet, Giraud, et Lucifer portent la civière de Ralph. Ils partent à pied jusqu’au barrage de Roselend où un camion les attend. Ils s’arrêtent à l’hôpital d’Albertville pour soigner Barroud et Wallache. Ralph y restera un mois. Arrivés dans leur village, les pralins sont attendus par Hilaire Socquet.

Ce jour-là, les miliciens de la région d’Annecy  sont fusillés au Grand Bornand.

Du 15 août au 27 septembre 1944, Le corps franc  Megève-Praz occupe le Col des Fours, le col de la Croix du Bonhomme et la Brèche du Petit Mont Blanc. Les gars de l’AS de Sallanches prendront la relève.

Le 30 septembre 1944, le groupe est mis en congé sans motif.
L’armée reprend ses droits, les Bataillons de Chasseurs Alpins sont reformés et les jeunes de 20 ans sont envoyés sur les frontières des Alpes pour ceux qui savent faire du ski. Les autres sont affectés dans les unités traditionnelles.
La période de la Résistance est terminée, mais la guerre n’est pas finie. Les Résistants reprennent leur travail civil. Tous les jeunes nés entre 1922 et 1925, sont convoqués pour faire leur service militaire.

Sur le front des Alpes, de septembre 1944 à avril 1945, tous les gars de l’Armée des Alpes, qui ont combattu dans les chasseurs alpins, et qui sont obligés de connaître les choses de la montagne, ne sont que des volontaires, il n’y a aucun appelé. Ils se battent depuis Chamonix jusqu’au fort de L’Haution au dessus de Nice.

Fin novembre 1944, Léon Jiguet, quand il est appelé, part directement à Val d’Isère à la SES (Section d’éclaireur Skieur) en même temps que des Mégevans, sous le commandement de Chappaz.

1945
A la fin de la guerre, au moment des élections, Hilaire est proclamé maire
.
Il organise une fête pour le retour des prisonniers et demande à tous les Pralins de faire des dons pour eux. La mère des frères Curtet, tous prisonniers, travaille à la poste, la montée d’escaliers est pavoisée, c’est la fête, avec l’accordéon.


La fête en 1945. De gauche à droite : Charles Bibollet (enfant), Claudius Emonet, Joseph Chatellard, Hilaire Socquet (maire) Ernest Grosset Grange (Bijou), Antoine Curtet, Jeannette Favray
(collection Paulette Perrin).


Les Pralins membres du corps franc Megève-Praz : (en pdf le tableau présentant leur rôle et leur participation aux diverses opérations)

1942
BARROUD Paul

1943
ARVIN BEROD Armand

1944
ARVIN BEROD Joseph
BESSY René
BOLATTO Aldo
BOUVET Fernand
FAVRAY Jean
FEIGE Joseph
GIBELLINO Marius
GIBELLINO Pierre
GROSSET GRANGE Julien
JACCAZ André
JACCAZ Fernand
JOGUET Hubert
LALOYAU Marcel
MOLLIER Jean
MORAND Lucien
MUFFAT Eloi
MUFFAT ES JACQUES René
MUFFAT JOLY Robert
PERINET Rémi
WALLACHE Jacques

Liste des sympathisants faisant partie de la résistance civile de Praz, établie par Hilaire Socquet Clerc à la fin de la guerre :
Arvin Bérod François, Arvin-Bérod Joseph (les Varins), Bessy Antoine, Blanchet Édouard, Bouvet François, Clément Albert, Gachet Aimé, Gachet François, Grosset-Grange Ernest, Jaccaz Ulysse, Joguet Germain, Zuanon Marcel, Le Malefan Pierre et sa femme, Muffat Joly David, Périnet Jean, Périnet Théodore, Sondaz Émile, Sylvand Roger, Tissot Lucien (cantonnier).

Résumé des faits d’après les archives et les témoignages de  ceux qui ont vécu cet épisode par
Sylvie Durr-Barroud

 

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